Visibilité et stratégies de divulgation LGBTQIA+ : vigilance, adaptation et santé au travail
En bref
26%
des répondant·es ne sont pas du tout "out" dans leur milieu professionnel.
41%
sont "out" auprès de tous·tes leurs collègues.
51%
ne divulguent jamais leur orientation sexuelle à leur clientèle ou patientèle.
La majorité adopte des stratégies de divulgation partielle ou d'évitement,
afin de naviguer entre sécurité et authenticité.
Au travail, décider d’être visible comme personne LGBTQIA+ n’est jamais anodin. Ce choix dépend du contexte professionnel, du climat de confiance, des risques perçus et du sentiment de sécurité psychologique.
Les répondant·es témoignent d’une approche pragmatique et nuancée : l’observation, l’évaluation et l’adaptation priment.
Zoom socio
la visibilité, une question de contexte et de sécurité
La visibilité ou la divulgation de son orientation sexuelle et/ou de son identité de genre est en soi une question profondément inégale puisqu’elle ne s’adresse pas aux personnes cis et hétérosexuelles. Par défaut et avant rectification, il est fréquent d’être considéré.e «naturellement» comme cisgenre et héterosexuel.le. Si ce n’est pas le cas, il est attendu des personnes de faire un devoir d’aveux. Le concept de coming out est une construction occidentale, ancrée dans des sociétés où l’identité individuelle, la visibilité et l’expression publique de soi occupent une place centrale. Il repose sur une logique qui présume une séparation claire entre sphère privée et sphère publique, ainsi qu’une valorisation de l’authenticité individuelle, caractéristiques des cultures occidentales modernes.
Dans d’autres contextes culturels, le rapport à la sexualité, à la famille et à la communauté diffère profondément : la discrétion, l’implicite ou l’absence même de catégories identitaires figées peuvent primer sur l’aveu public.
Dans les sociétés occidentale aussi, les injonctions contradictoires entre visibilité et discrétion crééent des tensions identitaires dans la négociation de la visibilité.
De plus, les personnes queers qui ont une conception plus fluide de leur identité, ne se reconnaissent pas dans le binarisme in and out et brouillent ces catégories.
Ainsi, le coming out ne saurait être pensé comme une étape universelle de l’expérience LGBTQIA+, mais plutôt comme une norme culturelle située, qui peut invisibiliser d’autres formes de gestion de l’intimité et de la reconnaissance sociale. Cependant, en France comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux, la visibilité de son orientation sexuelle ou identité de genre est associée positivement à un climat de travail acceptant et une satisfaction individuelle et collective.
Le recours à différentes stratégies est révélateur
d’une vigilance constante :
➝ 20 % évitent systématiquement le sujet dans toutes leurs interactions.
➝ 10 % choisissent d’annoncer rapidement leur orientation, pour clarifier les relations d’emblée.
➝ 7 % s’éloignent si une conversation devient trop personnelle.
➝ 3 % se présentent comme célibataires pour éviter d’aborder le sujet.
➝ 4 % se présentent explicitement comme hétérosexuel·les dans certaines circonstances.
Jauger, tester, puis décider si, à qui, et comment "se livrer". La décision de divulguer son identité de genre ou son orientation sexuelle n’est jamais totalement spontanée.
Certains facteurs influencent le partage ou la prudence :
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L'âge : la jeunesse va de pair avec une prudence accrue – 40 % des moins de 25 ans ne sont « out » nulle part. Evidemment l'âge est indissociable de l’ancienneté dans l’emploi ou l’organisation.
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Le statut familial : vivre en couple ou être parent favorise la visibilité, alors qu’être célibataire ou “minorité invisible” incite à l’évitement ou à la prudence.
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Les expériences passées : des situations vécues de discrimination renforcent la méfiance dans les contextes futurs.
Le chapitre sur les réalités plurielles derrière l'étendue de la divulgation et les stratégie montre la diversit éréelle des expériences LGBTQIA+ au travail.
Mettre en place ces stratégies conscientes et inconscientes peut s'apparenter à un travail invisible :
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Vigilance de tous les instants
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Autocensure chronique
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Sentiment d’isolement professionnel
Les conséquences sur la santé mentale sont lourdes (stress, fatigue, anxiété, perte de confiance, parfois repli social) et participent à la survenue au mal-être ou au désengagement au travail.
"J’ai été poussée à mentir sur mon week-end… Cela me rendait moins complice avec mes collègues. » (lesbienne, 24 ans)

