Climat de travail :
entre perception d’ouverture et micro-violences
En bref
86%
des personnes LGBTQIA+ participantes décrivent leur environnement professionnel comme "acceptant" ou "très acceptant"
22%
rapportent pourtant entendre régulièrement des propos sexistes, homophobes ou transphobes.
La perception d'inclusion varie selon l'âge, l'orientation, le statut familial et le secteur.
Un climat globalement perçu comme « ouvert »
Zoom socio
Si ces chiffres montrent une progression du sentiment d’acceptation, ils masquent en premier lieu un mécanisme que les sociologues ont depuis longtemps observé, la sous-estimation par les groupes marginalisés des discriminations dont ils peuvent être l’objet. Deux raisons distinctes peuvent expliquer ce constat. D’une part, le fait qu’il est préjudiciable de se penser comme victime et que, par conséquent, il est préférable de l’ignorer. D’autre part, que les personnes LGBTQIA+ sont potentiellement marginalisées dans tous les secteurs de leur vie, et qu’elles jugent leur milieu de travail au regard de cette expérience globale.
Ainsi, bien que ces chiffres soient globalement encourageants, il est nécessaire de les lire à l'aune de ces précisions. De plus, ils masquent des réalités plus nuancées selon le secteur, le statut ou la situation personnelle:
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Les lesbiennes « homonormatives » ( en couple monogame, avec enfant) se disent plus à l’aise ;
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Les personnes bi, pansexuelles ou asexuelles se montrent plus prudentes, souvent moins enclines à se visibiliser ;
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Les jeunes professionnel·les (moins de 25 ans) se distinguent par une forte réticence à se visibiliser : 40 % d’entre elleux ne sont pas du tout out au travail;
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Vivre en couple ou en famille facilite la divulgation et la perception d’un climat plus sûr;
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Les personnes célibataires ou autres minorités pratiquent plus souvent l’autocensure.
Les limites de l’ouverture : micro-violences et isolements
L’environnement jugé globalement positif n’efface pas les violences ordinaires .
“J'attends de voir les sensibilités de mes collègues sur le sujet avant de m'exprimer. Si je sens qu'il n'y a pas de LGBTphobie flagrante je me permets d'en parler normalement, sinon j'évite d'aborder le sujet.”
Les zones grises demeurent
Même dans un climat présenté comme serein, les zones grises demeurent : manque de représentativité, absence d’écoute fine, ou incompréhension subtile qui empêchent beaucoup de personnes LGBTQIA+ d’être pleinement elles-mêmes.
Zoom socio
Les plaisanteries sexistes, transphobes ou homophobes ne sont pas insignifiantes. Au contraire l’humour teinte et structure les sociabilités entre collègues.
Entendre des blagues offensantes a comme première conséquence d'inhiber les personnes LGBTQIA+ à parler de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. De plus, pour faire face à ces propos trop souvent jugés inoffensifs, les personnes LGBTQIA+ engagent un travail émotionnel, que ce soit pour répondre à la blague ou en expliquer la teneur péjorative.
"Homophobie : non, les petites blagues ne sont pas inoffensives"
Emilie Morand pour Welcome to the Jungle
Vigilance et stratégies dans l’ordinaire
L’acceptation apparente n’efface pas la vigilance : de nombreux·ses répondant·es vivent dans une posture d’anticipation, pesant chaque mot ou attitude pour éviter incompréhension, jugements ou moqueries. Ce climat de "vigilance" conduit à l’adoption de stratégies : rester discret·e, éviter certains sujets, ou s’isoler professionnellement.
« Parfois, il n’y a pas de violence explicite, mais c’est le ressenti de devoir “lire la salle”, de ne jamais être sûr·e d’être totalement accueilli·e, qui épuise sur la durée. »
EN CONCLUSION
La perception d’inclusion progresse mais reste fragile : les milieux professionnels offrent de plus en plus d’espaces jugés ouverts, mais de nombreux signaux montrent que l’invisibilité, la prudence et les micro-violences demeurent. Le climat d’ouverture n’est ni uniforme, ni acquis ; il doit être continuellement renforcé par la parole, l’écoute et l’action collective.

